La mort autour de la naissance

La mort autour de la naissance il n'y a pas de mot...

 

 

La mort d’un enfant est sans doute pour des parents l’épreuve la plus difficile à traverser.A la mort d’un enfant, on perd l’avenir. Le chagrin de la perte d’un enfant accompagne les parents dans cet avenir. Habituellement, le deuil est très intense et dure plus longtemps. La plupart du temps, l’âge de l’enfant importe peu.

 

 

Quand un enfant meurt, on ne perd pas seulement cet enfant, mais aussi les attentes, les espoirs, les rêves pour l’avenir. On perd une partie de soi-même, une partie de son conjoint, une partie de la famille, une partie de l’avenir.

 

Socialement, il est intéressant de constater une tendance à nier l’impact de la mort aux deux extrêmes de la vie d’un enfant. On sous-estime souvent l’impact de la mort d’un nouveau-né, ainsi que la signification de la mort d’un enfant adulte. Des parents restent parents, même s’ils ont perdu trois enfants

à la naissance, ou lors de fausses-couches. Des parents qui perdent un enfant nouveau-né ou adulte, ont autant de chagrin que ceux qui perdent un enfant entre deux âges.

 

 

 

Une perte de soi-même :

Les enfants sont nés des parents. Ils sont une partie d’eux. Perdre un enfant signifie donc davantage que la perte de toute autre relation : c’est la perte d’une partie de soi-même. Des parents se disent amputés. Cette mort contre nature les laisse pleins de questions concernant le sens et la signification. C’est incompréhensible qu’un jeune enfant puisse mourir, quand d’autres vivent.

 

Au plus profond du chagrin, la tendance à faire porter la faute à d’autres, à les agresser, est normale. On le fera d’ailleurs davantage à des personnes connues, avec qui on ose être soi-même.

 

 

 

Il n’y a pas de mot :

Il n’y a même pas de mot pour nommer cet état, comme « orphelin » pour l’enfant dont les parents sont décédés, ou « veuf » et « veuve » pour celui qui a perdu son conjoint. Pour les parents, la mort d’un enfant reste présente très longtemps ou plus précisément, elle est réactualisée à chaque événement important de la vie. Le besoin d’en parler, même après les premiers mois, vient de là.

 

 

 

 

Une relation qui souffre :

Une des grandes difficultés liées à la mort d’un enfant, est que mère et père sont touchés par la même perte au même moment. Chacun perd la personne de soutien dans la tristesse, puisque l’un et l’autre sont touchés en même temps. La perte est donc double.

 

La mort d’un enfant est comme une bombe qui s’abat sur la vie et laisse entre les gens un profond cratère, impossible à combler. Des parents ont souvent besoin d’amis fidèles, de membres de la famille pour pouvoir s’exprimer, pour pouvoir se rapprocher au-delà de la faille de la tristesse. Ce ne sont

pas tellement les conseils qui sont importants. Pouvoir simplement mieux exprimer ses émotions et ses reproches, voire même sa colère vis-à-vis du conjoint, ouvre la voie d’un rapprochement. Les parents ont

besoin de temps pour partager idées et sentiments. On peut les aider à prendre le temps. Chacun a aussi besoin de moments de solitude. Il faut trouver un équilibre entre les deux.

 

 

Les grands-parents ressentent également la perte:

 

 

Eux aussi sont bouleversés et tristes. Ils perdent un petit-enfant ; ils voient souffrir leurs enfants, noyés dans le chagrin et ils se sentent impuissants à changer quoi que ce soit. Cette impuissance les révoltes ou les rend parfois inadéquats. En leur donnant l’occasion de l’exprimer, on leur permet d’être plus disponibles au chagrin de leurs enfants.

 

             

Les fausses couches :

Une fausse couche survient approximativement dans 10 % des grossesses confirmées, et 25 % de l’ensemble des grossesses finissent en avortement spontané. Malgré le fait que ce soit si fréquent, peu d’attention est accordée à la tristesse des parents. Pourtant, pour eux, l’événement est bien souvent

vécu comme la perte d’un enfant, alors que les mots « fausse couche », ou « avortement spontané » n’évoquent même pas l’idée d’enfant.

 

Parfois, l’entourage n’est pas encore au courant de la grossesse quand se produit la fausse couche, et la compassion est donc forcément plus réduite. Moins l’événement fut visible, et plus la difficulté de faire percevoir la réalité de la tristesse est grande.

 

L’intensité du chagrin lors d’une fausse couche ne tient pas à l’âge de la grossesse, mais bien plutôt aux attentes, à l’espoir, à l’imagination, aux projets que les parents avaient pour l’enfant à venir. On retrouvera le même processus de deuil que lors d’un autre décès. Même si la fausse couche est

précoce. Des sentiments d’échec et de dévalorisation, de honte et de culpabilité de n’avoir pu aller jusqu’au bout de la grossesse sont fréquents.

 

 

 

Mortalité périnatale :

Par mortalité périnatale, on désigne les décès qui ont lieu autour de la période de l’accouchement. Il s’agit d’enfants qui viennent au monde morts (plus de 5000 morts-nés par an en France ), ou qui meurent dans les sept jours suivant la naissance.

 

Dans un processus de deuil, on élabore la perte en revivant ses souvenirs. Quels souvenirs lors d’une mort à la naissance ? Le souvenir d’une grossesse n’est pas le souvenir d’un enfant. On est en deuil de quelqu’un d’à peine connu, qu’on peut à peine se représenter comme une personne.

Paradoxalement, cela complique le travail du deuil.

 

La mort d’un nouveau-né ne signifie pas seulement la mort d’un être cher. Il y a plus. Cela renvoie à un échec de parentalité et peut provoquer une perte d’estime de soi. Par la naissance d’un enfant mort-né, une mère perd une partie d’elle-même.

 

Un enfant est un mélange d’amour et d’amour de soi. Par cette mort, on perd ses espérances, ses projets et souvent, l’estime de soi.

 

Des funérailles, un enterrement, sont également des moyens de confirmer le caractère réel de la perte ? C’est également le témoignage de la dignité de l’enfant. Il est important que non seulement la mère, mais aussi le père soit concerné par l’organisation de cet adieu ; ce faisant, ils reprennent un

certain contrôle sur leur vie.

 

Le danger pour les parents est moins lié à la douleur et la tristesse de ces décès périnataux, qu’au risque de ne pas vivre le chagrin et de passer l’étape de deuil. L’absence d’élaboration du deuil peut menacer une grossesse ultérieure, les autres enfants, le couple. Parler le plus possible avec les deux

parents ensemble favorise les chances de les aider à se parler, à exprimer leurs sentiments l’un à l’autre, à parler de leur tristesse, car, bien souvent, ils cherchent à se protéger mutuellement.

 

C’est un réel soutien pour des parents quand ils peuvent parler à d’autres de la vie si courte de leur enfant et de sa mort. On a besoin de raconter les espoirs perdus. Etre en deuil de cet enfant est aussi nécessaire que de l’être d’un enfant qui a vécu plus longtemps.

 

 

 

Mort subite du nourrisson :

La mort subite est un décès qui survient brutalement et de façon inattendue chez de jeunes enfants. Habituellement, pendant le sommeil. Les causes précises sont encore mal connues. On ignore pourquoi certains enfants meurent ainsi sans signes avant-coureurs. La soudaineté de la mort, sans aucune

chance de se préparer ne fût-ce qu’un peu est particulièrement traumatisante. Les parents gardent longtemps un sentiment d’insécurité. Les sentiments de honte et de culpabilité sont souvent très grands, puisqu’il n’y a pas d’explication médicale.

 

Il est capital que le médecin traitant et d’autres intervenants éventuels continuent d’accorder leur attention aux parents dans les jours et les semaines qui suivent, afin de prendre de leurs nouvelles, d’écouter ce qu’ils ressentent. Il en va de même pour la personne chez qui c’est arrivé, qui, elle aussi, doit

avoir l’occasion de parler de ce qui l’a bouleversée.

 

 

 

Reconnaître la perte et le chagrin :

La mort d’un enfant est une des épreuves les plus pénibles à traverser. Les parents connaissent habituellement un long chemin de deuil. Même si tous les enfants sont décédés à la naissance, ces parents restent parents d’enfants, décédés. Ils peuvent ne pas se sentir reconnus s’ils sont vus comme des

personnes sans enfants. C’est aussi une non-reconnaissance du caractère individuel du chagrin si on dit :« Je sais ce que tu ressens ». Il vaut mieux écouter ce que l’autre ressent.

 

Reconnaître le chagrin implique de laisser s’exprimer le sens de cette mort dans la vie dessurvivants. Ecouter l’émotion signifie pouvoir dire le nom, ne pas changer de sujet. La perte d’un enfant,c’est la perte de l’avenir. A chaque moment important de la vie, un parent ressentira cette perte. La place

restera vide jusqu’à son propre lit de mort. Le reconnaître peut aider, bien plus que de faire comme si la personne n’avait jamais existé.

 

 

 

Extrait de « Faire son deuil, vivre un chagrin »

Un guide pour les proches et les professionnels,

de Manu Keirse, Editions De Boeck et Larcier s. a., Paris, Bruxelles.

psychologue clinicien et docteur en sciences médicales, professeur à la Faculté demédecine à Leuven (Hollande), auteur.

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